23/10/2025
Réflexion.
J’ai commencé l’aïkido en 2017 et, en 2023, j’ai passé mon Brevet Fédéral.
Avec le recul que me donne la pratique et l’enseignement, je réalise qu’il existe certaines incohérences dans la manière dont on transmet l’aïkido.
Je vous partage ici une réflexion personnelle sur la pédagogie, et sur ce qu’il serait peut-être temps de repenser.
🥋Tout d’abord, l’échauffement.
La plupart du temps, il dure entre dix et quinze minutes. Généralement, l’enseignant reproduit l’échauffement qu’il a lui-même suivi, sans forcément se poser de questions. Bien sûr, il existe quelques variantes, mais l’échauffement est souvent une simple histoire de transmission.
Or, si l’on y regarde de près, il est à la fois trop court pour réellement préparer le corps à la pratique et trop long au regard de son utilité. Trois torsions de poignets ne préviennent pas les blessures, et une minute de sauts ne prépare pas le cardio.
À mes yeux, l’échauffement devrait plutôt être pensé comme une proposition : l’enseignant pourrait montrer un éventail de mouvements, puis laisser les élèves choisir ceux qui leur sont nécessaires dans un temps limité. Ce serait plus pertinent et plus respectueux des différences de chacun.
🧑🏫Ensuite, les éducatifs.
Ces petits exercices, conçus pour travailler une partie du mouvement, sont censés préparer à la technique. Mais dans les faits, ils sont souvent déconnectés du contexte martial. Ils deviennent des gestes artificiels qui prennent du temps sur la pratique, au lieu d’aider réellement à comprendre le principe. Ce temps, à mon sens, serait plus utile si l’on travaillait directement la technique, en donnant à chaque geste une cohérence et un sens.
🥊Puis vient le rôle des atemis.
En aïkido, on place certains atemis pour signifier à son partenaire qu’il doit se replacer, ou pour le mettre dans un état de vigilance. Pourtant, bien souvent, l’atemis est traité comme un signe chorégraphié, intégré mécaniquement à la technique.
Cela ne veut pas dire qu’il faut réellement porter atteinte à l’intégrité de son adversaire. Mais il me semble essentiel que l’atemis serve à faire prendre conscience d’un mauvais placement, quitte à en rajouter parfois, même s’ils ne font pas partie de la forme. C’est cela qui permet de comprendre pourquoi on adopte tel déplacement ou tel positionnement.
Il m’est arrivé de nombreuses fois – et je ne suis pas la seule à l’avoir observé – de réaliser des techniques de manière mécanique, sans réellement saisir le « pourquoi » de chaque geste. Les atemis pourraient justement redonner du sens et replacer la pratique dans une cohérence martiale.
🎗️Enfin, il y a la question de la forme imposée.
L’aïkido est riche de principes, mais trop souvent nous nous obstinons à transmettre une forme précise, même lorsqu’elle ne convient pas à certains gabarits ou morphologies. J’ai pu l’observer à plusieurs reprises, notamment lors des passages de grade : il existe comme un « lobby » de certaines formes, considéré comme incontournable.
Pour moi, c’est une absurdité. Du moment que le principe technique est respecté, connaître différentes variantes de forme est une richesse pour la pratique. Mais imposer une forme unique n’a pas de sens, surtout si elle se révèle moins efficace qu’une autre pour un type de corps ou une morphologie donnée.
Bien sûr, tout n’est pas à jeter dans l’enseignement.
Je suis moi-même reconnaissante d’avoir passé mon Brevet Fédéral : il m’a permis d’acquérir des bases solides, que je n’aurais sans doute pas pu construire seule. Mais avec le recul, je vois aussi des pistes d’amélioration, et c’est cette réflexion que je souhaite partager aujourd’hui.
On peut débattre de pédagogie par objectifs ou de pédagogie par compétences. Mais au fond, le vrai sujet est ailleurs : est-ce que nous parvenons réellement à transmettre une pratique à nos élèves ? Est-ce que nous arrivons à leur faire prendre conscience des aptitudes martiales qu’ils doivent développer, et surtout pourquoi ? Et, plus essentiel encore, est-ce que nous réussissons à leur donner envie de rester sur un tatami ?
À méditer.
Yéza