17/09/2024
Ce week-end, la Hillman Gravel Race, support des championnats de Normandie de Gravel, a pris place sous l’organisation minutieuse de l’ES Caen et des passionnés de GravelBeer4ever.
Le circuit, d'une longueur de 10,6 km, bien que roulant, cachait sous ses apparences trompeuses un relief loin d’être totalement plat. Parmi les 128 participants, les discussions allaient bon train avant le départ : « Trop plat », « Il manque une bonne bosse », ou encore « On va rouler à 40 km/h de moyenne ». Mais fort de mon expérience en Gravel, après avoir participé à trois manches de la Coupe du Monde UCI, au championnat de Belgique et à celui d’Aquitaine, j’avais une intuition bien différente : nous finirions l’épreuve un par un, épuisés par l’effort.
Face au succès de ce premier championnat de Normandie, surpassant même les affluences d'un championnat de Normandie de cyclo-cross ou des championnats Masters, des ajustements de sécurité ont été décidés : trois courses, avec des départs échelonnés de deux minutes, inspiré par la stratégie adoptée sur les Coupes du Monde, où les départs se font toutes les deux minutes par tranche d’âge (de 5 ans),
Course A : 106 km pour les 20-39 ans
Course B : 106 km pour les 40-59 ans
Course C : 63 km pour les U19, toutes les catégories féminines, et les hommes de plus de 60 ans.
J’avais planifié ma course de manière simple : économiser mes forces autant que possible, rester idéalement placé, être opportuniste et tout donner dans le final.
Le départ fut prudent, le peloton roulant à un rythme maîtrisé. Je pris l’initiative de mener dans la première descente, abordant la partie humide du circuit sans prise de risque excessive, surtout n’ayant pas eu l’occasion de la repérer à l’échauffement. Les quatre premiers tours furent marqués par des accélérations irrégulières, alternant entre attaques et accalmies. Puis, au cinquième tour, la course bascula : le rythme s’intensifia, les attaques devinrent franches, et une nouvelle dynamique s’installa. L’économie d’effort n’était plus de mise.
Saisissant un moment de relâchement, je tentai une première attaque. Les écarts restaient faibles, mais nous étions tous en file indienne. Approchant un chemin en herbe qui, à chaque passage, éprouvait les jambes des concurrents, j’accélérai progressivement. Au sommet, j'ai une petite dizaine de secondes d’avance. Je poursuis l’effort, espérant qu’un petit groupe me rejoigne pour les 45 km restants.
Cependant, à chaque passage sur la ligne d’arrivée, l’écart grandissait, mes coéquipiers jouant parfaitement leur rôle. Mais la fatigue s’insinuait, et l’idée d’un succès solitaire devenait de plus en plus tangible. Avec trois minutes d’avance à trois tours de la fin, je savais que dans ce genre d’épreuve, cet avantage pouvait s’évaporer aussi vite qu’un souffle en montagne.
À deux tours du terme, les crampes commencèrent à se faire sentir. Pourtant, je maintenais ma moyenne de 33,2 km/h, concentré sur la gestion de mes efforts.
Lors du dernier tour, le son de la cloche résonna, marquant la dernière ligne droite. Les crampes prenaient le dessus, et je fus contraint de ralentir. À cinq kilomètres de l’arrivée, je vis un groupe revenir sur moi. Tout cet effort pour être repris ? Une minute d’avance me restait, mais avec pour seule difficulté le faux-plat de l’arrivée, j'étais confiant.
Ce faux-plat, qui semblait se transformer en col hors catégorie au fil des tours, fut franchi dans la douleur, chaque coup de pé**le me rappelant les limites de mon corps. À l’arrivée, je tentai de lever les bras, mais les crampes m’en empêchèrent. Je franchis la ligne, tétanisé, les avant-bras aussi noués que mes jambes. Et pourtant jamais je n’avais autant mangé et bu durant une course.
Ainsi, me voici, vainqueur au scratch de la course B, et couronné Champion de Normandie Gravel dans ma catégorie d’âge (40-44 ans).
PS : Je n’avais pas roulé de la semaine, et la veille encore, j’étais sur le terrain avec l’équipe de bénévoles, à installer les barrières, piquets et balisages du circuit.