21/08/2024
Politique et culture sont une activité religieuse !
A la suite des nombreuses réactions à la cérémonie d’ouverture des JO à Paris, je souhaite apporter une réflexion différente. En tant que chrétien catholique, je considère que l’ouverture des JO a été un acte religieux. Réussi ou pas ? Bon ou mauvais ? Blasphématoire ou pas ? Là n’est pas mon propos. L’ouverture des JO 2024 a été un acte religieux, non pas celui d’un croyant qui manifeste sa foi en un Dieu, néanmoins un acte religieux. Je m’explique !
A l’ouverture des JO 2024, les artistes ont eu conscience de rassembler un grande partie de l’humanité. Comme tout artiste qui se respecte, ils ont voulu éblouir, émerveiller et rendre heureux les centaines de millions de personnes qui regardaient le spectacle. Eblouir, rendre heureux, faire de cet instant “une éternité!” Est-ce qu’on ne touche pas là au religieux ? Quand le politique légifère sur le droit de vie ou de mort de certaines personnes, que le culturel se met au service d’une propagande meurtrière, est-ce qu’on ne touche pas aux questions existentielles de toujours ? D’où est-ce que je viens ? Où est-ce que je vais ? Que dois je faire pour que ma vie soit bonne ? Puis-je être heureux alors que les autres ne le sont pas ? Comment faire pour répatir les biens de la terre sans épuiser ses ressources ? Comment éblouir, émerveiller et rendre tout le monde heureux en même temps ? Sans le dire, c’est à cette dernière question que l’ouverture des JO 2024 à voulu répondre.
En affirmant que politique et culture sont une activité religieuse, je ne sous-entends pas qu’il faut être croyant pour en faire. Je pense que vous l’avez compris. Je ne cherche pas non plus à provoquer. Cette idée, n’est d’ailleurs pas de moi ! Elle émane des penseurs et historiens des religions, comme Max Weber et Ernst Bloch qui disaient que vers l’an – 600, “il y a eu une sortie de la religion.” René Girard commente cette parole en disant que les religions archaïques, pour se défendre contre la violence utilisaient la violence. Concrètement, pour éviter “le tous contre tous” dans des populations qui ne dépassaient pas 400 personnes, des sacrifices humains ou d’animaux étaient organisés. Des mythes et des tabous, c’est-à-dire des interdits, étaient élaborés. Certaines personnes, dont des victimes sacrifiées étaient sacralisées parce que leur exécution avait permis au groupe de ne pas sombrer dans la violence. Peu à peu, des hiérarchies se sont constituées. Nous sommes dans les prémices de la religion, de la politique et de la culture (voir la ligne du temps.) La thèse de René Girard est de dire que la religion archaïque est née pour contenir la violence en société. Le site de Çatal Höyük en Turquie, qui date de – 8000 ans en est un beau vestige qui révèle progressivement ses secrets. En – 600 ans, avec l’émergence de l’écriture, de la philosophie, de la religion judéo-chrétienne et en Inde du boudhisme, les mythes, les rites et les tabous diparaissent peu à peu. Les lois, les procédures judiciaires vont gérer de manière différente, la violence en société. L’humanité abandonne les religions archaïques. Dans les siècles suivants et de manière extraodinaire après le 17e - 18e siècle, se sont développées la littérature, les lois, les sciences et la technologie qui ont relégué les religions à l’obscurantisme. Ce conflit qui resugit quelque fois n’est pas favorable à la culture, ni à la politique. Pour moi, l’humanité est une ! Comme un arbre est intimemment lié à ses racines, ainsi en est-t-il des liens entre religion – politique – culture. Au lieu d’opposer politique – culture contre la religion, essayons de les maintenir ensemble. Que le politique – culture ne tourne pas en dérision la religion, même les plus archaïques. Elles sont porteuses d’une compréhension insoupçonnée de l’être humain que le politique, pour organiser la vie sociale, aurait grand tort d’ignorer. Que le religieux ne diabolise pas le politique. Il est nécessaire, surtout aujourd’hui, à l’heure de la mondialisation. Il est la meilleure manière que nous avons trouvé pour organiser nos sociétés.
Victor Denoël
0478/23.01.25
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