11/08/2026
NE PAS STRESSER SON CHEVAL…EST-CE VRAIMENT L’AIDER ?
Il y a beaucoup de discussions en ce moment autour de l’exposition des chevaux, notamment autour de la désensibilisation.
Soyons clairs : la désensibilisation est une technique, et il en existe plusieurs (désensibilisation systématique, approche-retrait, target training, contre-conditionnement, exposition passive, stimulus blending, etc.). L’habituation, elle, est le résultat.
Autrement dit :
Désensibilisation = processus d’entraînement
Habituation = résultat de l’apprentissage
Une grande partie du débat tourne autour du « flooding », l’immersion, l’exposition forcée ou excessive, et des nombreux risques qui peuvent en découler : sensibilisation plutôt qu’habituation, impuissance acquise, suppression du comportement plutôt que véritable relaxation, perte de confiance envers le manipulateur, comportements de fuite qui deviennent plus explosifs, généralisation de la peur, diminution de la volonté du cheval à proposer des comportements, risques physiques.
Il est donc évident qu’il vaut mieux éviter l’immersion.
MAIS, et c’est là que se trouve un point important, en voulant parfois tellement éviter l’immersion, on finit par exposer les chevaux à des niveaux de difficulté trop faibles.
L’une des phrases les plus importantes que Ray Hunt m’ait répétées à de nombreuses reprises était :
« Expose the horse, without overexposing. »
« Exposez le cheval, sans le surexposer. »
Ce que j’ai appris ensuite est essentiel : oui, on peut surexposer un cheval en utilisant à la fois l’immersion et l’inhibition, mais on peut également le sous-exposer en étant trop délicat et trop prudent. C’est quelque chose que je vois chez beaucoup de personnes très bien intentionnées.
Surprotéger n’est PAS protéger.
Sous-exposer un cheval est également néfaste, et potentiellement dangereux. Éviter systématiquement que le cheval soit stressé n’est pas toujours la meilleure solution. Il faut lui apprendre à gérer le stress et à trouver des solutions. Encore une fois : exposer, mais ne pas surexposer.
La désensibilisation et la protection ne sont pas la même chose. Je vois beaucoup trop de chevaux tellement protégés de la difficulté qu’ils ne développent jamais l’expérience nécessaire pour apprendre à y faire face.
Le but n’est PAS de préserver le cheval de chaque problème. Le but est de lui proposer des difficultés gérables, grâce auxquelles il peut apprendre qu’il est capable d’y faire face.
C’est un équilibre délicat, qui fonctionne ainsi :
Sous-exposition : trop peu de difficulté, donc peu d’occasions d’apprendre la résilience ou de développer sa force mentale.
Exposition adaptée : niveau de difficulté approprié, donc réussite face à la situation, donc confiance et fortitude.
Surexposition : trop de difficulté, donc débordement, donc peur, évitement ou résignation.
Exposer le cheval ne signifie pas que l’on doit éviter le modelage.
Par exemple, si l’on veut exposer le cheval au drapeau, on peut commencer simplement avec le stick, puis ajouter le stick et la cordelette, ensuite un petit drapeau, et enfin le drapeau complet.
Mais il ne faut pas éviter de repousser progressivement les limites et d’exposer le cheval à une difficulté, tout en lui donnant les outils nécessaires pour y faire face.
Malgré l’utilisation du mot « désensibilisation », il est important de se rappeler que notre objectif est de réduire la peur, et non la sensibilité.
Nous cherchons à avoir un cheval sensible, mais qui n’a pas peur.
Les scientifiques, notamment le Dr Andrew McLean, parlent des « F » : friends, food, freedom, flight, fight, freeze, et désormais d’un nouveau : FORTITUDE, la force mentale, la capacité à faire face à la difficulté.
La fortitude ne signifie pas l’absence de réaction. Il s’agit d’aider le cheval à apprendre que les situations difficiles sont gérables, tout en continuant à répondre de manière appropriée lorsqu’elles se présentent, car elles se présenteront.
Ne pas suffisamment confronter un cheval à des difficultés peut représenter l’autre extrême du problème, à l’opposé de l’immersion. Le juste milieu consiste à proposer une exposition progressive à la difficulté, sans submerger le cheval.
Encore une fois, tout est une question d’équilibre.