09/06/2026
La pression que l'on met sur les golfeurs pour combattre le jeu lent n'est-elle pas contreproductive et préjudiciable à l'inclusion de personnes à mobilité fragile ?
C'est une question qui soulève un dilemme éthique et pratique : comment concilier l'efficacité de la gestion du parcours avec l'accessibilité et le bien-être des pratiquants.
Une analyse approfondie (que l'on considèrera comme "philosophique" montre que cette pression peut effectivement être contre-productive et excluante :
1. L'aspect psychologique et la performance
Pour beaucoup de golfeurs, la "police du temps" (marshal ou pression des groupes suivants) génère une anxiété importante.
La perte de rythme : Le golf demande de la concentration et du relâchement. En précipitant un joueur, on provoque souvent des erreurs techniques, ce qui l'oblige à jouer plus de coups... et finit paradoxalement par ralentir encore plus le jeu.
Le plaisir de jeu : Si le golf devient un marathon contre la montre plutôt qu'un moment de détente, le joueur perd l'aspect "loisir". À terme, cela en décourage plus d'un.
2. Le frein à l'inclusion (mobilité fragile, seniors, débutants)
C'est ici que l'impact est le plus préoccupant. La lutte dogmatique contre le jeu lent peut devenir une forme de discrimination indirecte :
Les personnes à mobilité réduite ou fragiles : Un golfeur avec une prothèse, des problèmes articulaires, un équilibre chancelant ou une fatigue chronique se déplace naturellement plus lentement. Lui mettre la pression, c'est lui envoyer le message qu'il n'est pas le bienvenu sur le parcours s'il ne peut pas suivre le rythme d'un athlète de 20 ans.
Les seniors : Le golf est l'un des rares sports que l'on peut pratiquer toute sa vie. Si l'on impose un rythme excessif, on exclut la base historique et fidèle des clubs de golf.
Les débutants : Apprendre le golf demande du temps pour chercher sa b***e et comprendre les règles. La pression du temps les dégoûte souvent du sport avant même qu'ils n'aient acquis un niveau suffisant.
3. La confusion entre "perte de temps" et "rythme de marche"
Le problème du jeu lent vient souvent moins de la vitesse de marche que de la préparation du coup :
On peut marcher lentement mais être prêt à jouer dès que c'est son tour (Ready Golf).
À l'inverse, les bons joueurs, rapides à la marche peuvent perdre énormément de temps à faire cinq coups d'essai ou à analyser leur putt sous tous les angles.
4. Des solutions alternatives pour une meilleure inclusion
Plutôt que de mettre une pression uniforme, les clubs pourraient adopter des approches plus inclusives :
Des tranches horaires dédiées : Proposer des départs "rythme tranquille" où la priorité est à la balade et au plaisir, et des créneaux "rythme soutenu" pour les joueurs pressés.
Adapter le format de jeu : Encourager le Ready Golf (jouer quand on est prêt) ou le format Scramble pour les groupes plus lents, ce qui réduit le stress sans imposer une vitesse de marche excessive.
Former les marshals à distinguer une personne qui perd du temps inutilement d'une personne qui fait de son mieux avec des limitations physiques.
Le design des parcours : Réduire la hauteur des roughs (pour perdre moins de b***es) est souvent plus efficace pour accélérer le jeu que de presser les golfeurs.
Conclusion
Oui, la pression excessive contre le jeu lent peut être contre-productive et discriminatoire. Si le golf veut rester un sport du "bien vivre ensemble", il doit s'adapter à la diversité de ses pratiquants. L'enjeu est de passer d'une culture de la surveillance à une culture de la courtoisie et de l'adaptation, où le plaisir de jouer ne dépend pas uniquement du chronomètre.