Diego Ndoumbou Likouni

Diego Ndoumbou Likouni Fanatique du Ndambo � et du Gabon �

23/05/2026
22/05/2026

SOUVERAINETÉ ALIMENTAIRE AU GABON :
Un levier stratégique contre la pauvreté, le chômage et la dépendance économique




Le Gabon importe aujourd'hui plus de 80% de sa nourriture. Un pays forestier, irrigué, doté de cinq millions d'hectares de terres arables ( dont moins de 2% sont effectivement exploités ) dépense des centaines de milliards de francs CFA chaque année pour se nourrir à l'étranger. Ce paradoxe n'est pas une fatalité. C'est un choix économique que le Gabon peut et doit corriger. La souveraineté alimentaire n'est pas un slogan agronomique. C'est un projet de développement à part entière, dont les effets structurants sur la pauvreté, le chômage et la croissance nationale méritent d'être posés avec la rigueur qu'ils exigent.


I. LA SOUVERAINETÉ ALIMENTAIRE COMME OUTIL DE LUTTE CONTRE LA PAUVRETÉ

La pauvreté au Gabon est d'abord rurale. Plus de 45% de la population rurale vit en dessous du seuil de pauvreté, dans des zones qui concentrent précisément le potentiel agricole le plus élevé du pays. Ce paradoxe géographique est au cœur du problème : les terres sont là, les bras sont là, les besoins alimentaires sont là mais la chaîne économique qui devrait les relier est inexistante ou défaillante.

La production alimentaire locale combat la pauvreté par un mécanisme simple mais puissant : l'effet multiplicateur interne. Chaque franc CFA dépensé pour du manioc gabonais, de la volaille gabonaise ou du poisson d'élevage gabonais reste dans l'économie nationale. Il circule entre producteurs, transformateurs, transporteurs et commerçants. Il génère des revenus, des taxes, des investissements. À l'inverse, chaque franc CFA dépensé sur du riz asiatique subventionné quitte définitivement le pays.

Les ménages pauvres consacrent parfois jusqu'à 60% de leurs revenus à l'alimentation. Une production locale abondante et organisée fait baisser les prix à la consommation , augmentant ainsi le pouvoir d'achat réel des plus vulnérables sans qu'il soit nécessaire de toucher aux salaires. C'est une politique sociale déguisée en politique agricole. Le Plan National de Développement Agricole et Pastoral (PNDAP 2025) a identifié cette dynamique. La question n'est plus de savoir pourquoi agir , c'est de savoir à quelle vitesse.


II. L'AGRICULTURE, PREMIER GISEMENT D'EMPLOIS NON EXPLOITÉ DU GABON

Le chômage des jeunes gabonais est concentré en milieu urbain. Libreville absorbe une migration intérieure massive de jeunes qui quittent des campagnes sans infrastructures, sans débouchés et sans perspectives pour rejoindre une capitale sans emplois formels suffisants. La souveraineté alimentaire peut inverser partiellement cette dynamique à condition de cesser de penser l'agriculture comme une activité de subsistance et de la traiter comme un secteur économique à part entière.

Un secteur agroalimentaire structuré ne crée pas seulement des emplois à la ferme. Il génère des emplois en amont — fabricants d'intrants, distributeurs de semences, techniciens vétérinaires, mécaniciens agricoles — et en aval — transformateurs, conditionneurs, logisticiens, commerçants, restaurateurs. Les études économiques sur les filières agricoles africaines montrent qu'un emploi agricole direct génère en moyenne deux à trois emplois indirects dans les services connexes. Pour un pays comme le Gabon, avec des filières structurées dans l'aviculture, la pisciculture, le maraîchage et la transformation agroalimentaire, l'enjeu se compte en dizaines de milliers d'emplois.

L'exemple de la filière poulet est parlant. Le Gabon importe massivement de la volaille congelée. Développer une production nationale de poulet crée des emplois chez les éleveurs, dans les couvoirs, les abattoirs, les unités de conditionnement et la distribution — tout en réduisant la facture des importations. C'est la même logique pour le poisson d'élevage, l'huile de palme locale, la farine de manioc, les légumes de saison. Chaque filière est un potentiel d'emplois que le Gabon laisse actuellement à d'autres pays le soin de valoriser.


III. UNE CONTRIBUTION STRUCTURELLE À LA CROISSANCE ÉCONOMIQUE NATIONALE

L'enjeu macroéconomique est considérable. La facture alimentaire du Gabon représente une hémorragie annuelle de ressources nationales vers l'extérieur, des ressources qui n'y créent aucun emploi, ne génèrent aucune valeur ajoutée nationale et n'alimentent aucune fiscalité locale. Réduire cette dépendance de 30 à 40% par la production locale équivaut à une injection massive de capital dans le circuit économique gabonais.

Mais le levier le plus puissant n'est pas la production brute , c'est la transformation. Un pays qui vend du manioc brut crée peu de valeur. Un pays qui transforme ce manioc en farine conditionnée, en chips emballées, en amidon industriel, le distribue sur le marché national et l'exporte dans la sous-région crée cinq à dix fois plus de valeur pour la même récolte. C'est le passage de l'économie extractive à l'économie de transformation, le défi structurel central que le Gabon doit relever après des décennies de rente pétrolière.

Il y a enfin une dimension de résilience stratégique que la crise du COVID-19 a rendue impossible à ignorer. En 2020, les ruptures des chaînes d'approvisionnement mondiales ont révélé la vulnérabilité extrême des pays dépendants des importations alimentaires. Un Gabon souverain sur le plan alimentaire est un Gabon capable de nourrir ses 2,5 millions d'habitants même en cas de crise internationale, de rupture logistique ou de flambée des prix mondiaux. C'est une assurance nationale dont la valeur ne se mesure pas en temps ordinaire mais dont l'absence se paye cash en temps de crise.


CONCLUSION : UN CERCLE VERTUEUX À ACTIVER

La souveraineté alimentaire n'est pas une question agricole. C'est une question de choix politique. Produite localement, transformée localement, distribuée localement, l'alimentation devient le vecteur d'un cercle vertueux : emplois ruraux, revenus des ménages, réduction de la pauvreté, consommation intérieure, croissance du marché local, nouveaux investissements, nouvelles filières. Ce cercle ne se déclenche pas seul. Il exige des infrastructures rurales ( routes, stockage) de la mécanisation accessible, de la formation des agriculteurs, de l'accès au crédit rural et des débouchés garantis pour les producteurs.

Pour le Gabon d’aujourd’hui et de demain , qui cherche à réduire sa dépendance pétrolière, créer des emplois pour sa jeunesse et réconcilier croissance économique et équité sociale, la souveraineté alimentaire n'est pas une option parmi d'autres. C'est une priorité stratégique de premier rang. Le PNDAP 2025 en a posé les fondations. Il reste à lui donner les moyens de ses ambitions et la volonté politique de les tenir dans la durée.


Blanchard Paterne ANDOUME
Essayiste, dirigeant de football et observateur
de la vie politique, économique et sociale du Gabon

Sous la pression du peuple , Ali qui t’a imposé à la tête de notre football , après 14 ans d’un bilan catastrophique et ...
22/05/2026

Sous la pression du peuple , Ali qui t’a imposé à la tête de notre football , après 14 ans d’un bilan catastrophique et des élections tripatouillées a été débarqué par le général C’BON 💁🏾‍♂️
Il est grand temps que 12 ans après avec un bilan si catastrophique et tes tripatouillages tu sois également débarqué …..

28/04/2026

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