09/05/2026
🤯📝👉C'est toi le boulet qui plombe les matches par équipes ?
- "Il finit à quelle heure, ton match ?"
Aïe. C'est au moment précis où tu franchissais discrètement le seuil de la porte, avec la furtivité d'un sioux en mission commando, que cette petite phrase chargée d'acrimonie est venue te faucher en plein cœur. Ta femme, visiblement, n'a toujours pas compris les règles du tennis. Surtout, elle veut te faire sentir qu'un match le jour où ta belle-famille débarque pour le barbecue d'anniversaire de ta fille, ça n'est peut-être pas l'idée du siècle.
Et encore, tu as soigneusement omis quelques détails quant à la potentielle durée d'une rencontre par équipes. Mais comme tu sens que le "go" de la Kommandantur est encore fragile, tu prends ta voix la plus mielleuse.
- "T'inquiète, chérie. A 11h30, je suis là".
Techniquement, c'est possible. Lorsque ton président t'a appelé pour dépanner ce dimanche en Interclubs (une sombre histoire d'épidémie et de mecs bloqués chez leur belle-mère), en bon boulet, tu as demandé à jouer à 9h. Tu as d'ailleurs longuement hésité à accepter de replonger dans ces journées interminables qui ne sont plus franchement de ton âge. Et puis, mû par un vieux réflexe pavlovien – ou ton incapacité chronique à dire non -, tu as fini par dire oui. Et maintenant, te voilà dans la m***e. Sportivement et conjugalement.
Tu arrives au club encore à moitié endormi. Tu ne connais quasiment personne, même pas tes propres coéquipiers. En émergence difficile, tu ingurgites un Nescafé eau-de-javel et un croissant sec de la veille, tout en tentant une blague :
- "J'espère que mon coup droit sera meilleur que ce p'tit-dej'."
Silence gêné. Tu réalises alors que tu es peut-être mal placé pour critiquer un buffet auquel tu n'as absolument rien apporté. Tu ravales ton humour, prends ton sac et files au combat.
A priori, ça devrait aller. L'équipe d'en face, peut-être elle aussi décimée par un EVJG qui a mal tourné, a fait les fonds de tiroir. Te voilà opposé à un drôle de gugusse qui semble se demander aussi ce qu'il fout là. Air juvénile mais look hors d'âge, barbe fleurie et équipement vintage : on dirait un prof de philo égaré dans un congrès de bikers. Tu vas le bouffer. Et tu seras à l'heure pour allumer le barbecue (tu as pensé au charbon, d'ailleurs ?).
Le match commence et évidemment, les choses ne se passent pas tout à fait comme prévu. Le mec est nul, certes, mais il s'accroche comme si sa famille était prise en otage derrière le grillage. Et toi, tu n'en mets pas une. Le pire, c'est que, personne n'assiste au massacre : ton capitaine et tous les autres sont sur le court d'à côté pour soutenir ton coéquipier. Toi, tu es un nobody. Enfin, pour l'instant.
Tes bonnes velléités de garder une parfaite attitude pour faire belle impression volent en éclat au bout de quelques jeux. Tu pousses un hurlement primaire et fait sauter une pancarte publicitaire en expédiant une b***e dessus de toute tes forces. Classe. Tout le monde te regarde comme un ornithorynque échappé du zoo. Pour l'intégration au club, on repassera. Au moins, ça y est, tu as attiré l'attention. Ton capitaine accourt à ton chevet. Tu joues peut-être comme une pipe, mais tu n'as plus le droit de lâcher.
Voilà maintenant près de 3h que tu tentes de de dépatouiller de cette espèce de tennisman de carnaval qui ne sait rien faire à part t'enfoncer des clous dans le crâne. Niveau timing, ça commence à sentir dangereusement le roussi. Alors que tu mènes 4-3 au troisième set, tu as la très mauvaise idée de zyeuter ton portable. Erreur fatale. Tu découvres alors quelques messages saignants :
- "Il est bientôt fini, ton match ?" (bo**el, cette question…)
- "Tu arrives quand ??"
- "TU ES OÙ ???!!!"
Tu regardes ta montre. 12h12. M***e. Tu reviens sur le court envahi par une décharge de pensées négatives. Et bien sûr, derrière, tout s'effondre. Tu perds les trois derniers jeux, et le match. Défaite 6/4 au der contre un ancien pongiste qui jouait son premier Interclubs.
C'en est trop. La raquette y passe. Tu remb***es ton sac, ta dignité et les derniers restes de ton honneur. Puis tu te casses sans jouer les doubles, abandonnant tes partenaires à leur triste sort. Tu apprendras le lendemain que l'équipe a perdu à cause de ton point qui lui a cruellement manqué. Là, honnêtement, c'est le cadet de tes soucis. De toute façon, tu arrêtes le tennis.
Non, le vrai problème est ailleurs. Tu rentres à pas feutrés, comme si tu débarquais d'une soirée qui a mal tourné. Tout le monde est déjà là. Le barbecue tourne. Ton beauf s'en est occupé. Tu as droit à un regard noir et une réflexion glaciale. C'est à ce moment-là que ton téléphone vibre.
- "Salut, tu peux rejouer dimanche prochain ?"