04/10/2025
Depuis un moment les gars de Mountain Expert voulaient faire un ‘vrai’ sommet de plus de 4000’… En prévision, nous avions mis une option sur les 28/29 septembre.
Le Grand Paradis et ses 4061m réputés faciles étaient l’objectif idéal. Forts d’une abondante production de vidéos Youtube permettant de se projeter aisément vers l’oxygène rare et le froid des cimes depuis le confort douillet de leur canapé, les montagnards de Besançon étaient sereins et prêts à en découdre !
On allait voir ce qu’on allait voir, ce sommet serait le premier d’une grande liste qui les mènerait jusqu’aux pentes du K2 en passant par les Grandes Jorasses et le Cervin… Un petit hors-d’œuvre avant le Mont-Blanc de Seb l’été prochain.
Cela étant, à quelques jours du départ, la neige étant tombée en abondance toute la semaine sur les Alpes, le Travel-Planner doute quelque peu de l’intérêt de faire 5h de voiture pour finir bloqué par de mauvaises conditions. Faites la trace dans 50cm de poudreuse et la sympathique et ludique balade au sommet change radicalement de physionomie pour prendre une dimension nettement plus physique et engagée!
Les météos s’accordant finalement sur une fenêtre de beau temps pour le week-end, nous parions sur une fréquentation conséquente de cette course reputée pour déblayer le parcours… « On verra bien », Cap donc sur l’Italie et le Val d’Aoste !
Sur le parking de Pont de Valsavarenche, nous croisons des cordées qui redescendent. A priori conditions difficiles sur l’itinéraire, tous n’ont pas atteint le sommet, ça brasse beaucoup, la progression est très lente…
Après 2h et 800m de dénivelé sur des chemins empierrés aussi chouettes à l’œil que pénibles sous la semelle, les sherpas bien chargés et bien dégoulinant arrivent en vue du refuge Victor Emmanuel II. Il est 18h, les bouquetins et la marmotte du quartier nous accueillent en toute décontraction !
En dehors de 2 Belges, nous sommes seuls là-haut. Pas de chauffage, pas d’électricité, nous prenons nos quartiers pour une courte nuit dans le petit refuge d’hiver… et l’apéro sur la terrasse. Le ciel est dégagé, nous profitons d’un magnifique coucher de soleil dans un paysage immaculé… Quel pied !
Nous programmons le réveil à 3h30… 21h une cordée allemande fait une halte avec une discrétion typiquement teutonne… Ils redescendent seulement du sommet ! Dans quelle galère allons-nous nous coller demain ? Inutile de dire que notre sommeil est haché et peu réparateur surtout que sur le coup des 1h du matin (!!!), une nouvelle cordée arrive au refuge, totalement carbonisée, qui nous colle ses lampes dans la tronche et s’écroule bruyamment sur les matelas qui jouxtent les nôtres.
A 4h, après un rapide et léger petit dej’, nous partons à l’assaut du sommet à la lueur de nos frontales. Au loin nous distinguons les loupiottes des Belges qui ont décollé plus tôt que nous. La neige à tout recouvert, ce n’est pas simple de se repérer par moment au milieu de la moraine. Nous mettons les crampons à quelques encablures de nos prédécesseurs et finissons par les doubler en haut d’un couloir… Ils n’ont pas l’air d’être très au point les Flamands !
Il est 6h45, le soleil commence à poindre et nous attaquons les premières pentes raides. J’encorde Théo et Seb. Pas la peine de tenter le diable. L’altitude commence à bien se faire sentir, le pas est lourd, le rythme fléchit nettement, la corde se tend ! Nous enjambons une crevasse que la neige n’a pas réussi à masquer. Nous restons dans le sillon qui a été littéralement creusé la veille. Ils n’ont pas fait dans la poésie hier, le tracé abrupte est ‘Dré dans l’Pentu’ par moment, heureusement que nous avons les crampons et les piolets !
Devant nous l’épaule en neige qui se dévoile vers le sommet brille dans la lumière du matin, magnifique, féérique, osons le dire, sublime !
C’est beau, mais c’est loin ! Notre progression est pour le moins fastidieuse. Malgré un passage dantesque à la Dent D’Oche, Seb sent bien son manque d’entrainement de cette année. Le célèbre « Mais qu’est ce que je fous là » accompagné du non moins réputé « plus jamais » commence à se faire une place dans les méninges de nos himalayistes !
Au pied du rognon rocheux final, le mal aiguë des montagnes se précise même pour Théo… Il faut donc sortir le moral des grands jours pour atteindre la Madone du sommet… surtout que les derniers pas en rocher pour l’atteindre sont fort gazeux ! (chute totalement exclue ici !)
10h, Sommet. Séquence nostalgie : j’étais déjà là il y a 40ans, la Claque ! Le temps de faire quelques photos pour immortaliser l’exploit (mes zèbres ont pensé à prendre une banderole !) et il faut penser à redescendre. Le mal de tête de Théo empire….La cordée n’a pas la forme et il ne nous reste « que » 2100m de descente ! Ça va être très long !!! Régulièrement je retrouve mes compères posés sur le glacier dans un état second : sans acclimatation, l’altitude c’est violent ! (tout comme le soleil sur la neige, mais ça ils ne s'en rendront compte que demain!)
Après un nombre incalculable de pauses matinées de quelques gamelles et d’une belle galette (Théo), nous finissons par enfin rejoindre le labyrinthe de la moraine. Moyennant quelques boniments sur la proximité du refuge, (on ne se refait pas !) la troupe finit par en arriver à bout. Incroyable que nous soyons passés là ce matin, tellement cela nous semble interminable cet après-midi !
15h30, après un petit break sur la terrasse du refuge, nous nous lançons dans la dernière partie jusqu’au parking. Plus de neige, mais les pavés du sentier finissent de rôtir nos pieds et nos jambes. Il est quasi 17h quand nous nous posons enfin dans la voiture. Belle Bambée !!
Il ne nous reste plus que 4/5h de route pour rentrer.
Plutôt que reprendre le tunnel de Grand St Bernard, nous passons par le col éponyme : Youpi, personne dans les lacets !
Un bruit sourd nous rattrape pourtant sous les derniers paravalanches : une escouade complète de supercars en plein rallye ! Ferrari, Mercedes, BM… il y en a pour des millions qui doublent comme des cochons en plein virage… et finissent coincés et pétaradant à 40km/h derrière un pauvre Suisse en Dacia (Si Si, ça existe !), le Gag !!! Décidément, nous n’avons pas tous les mêmes valeurs !
Il est presque 22h quand nous atteignons Besançon. Fin d’une journée épique qui restera à coup sûr dans les mémoires de nos alpinistes !