02/05/2026
Ă 29 ans, Pauline Plaçais, petite-fille dâagriculteurs, a dĂ©cidĂ© de se lancer dans un voyage de deux mois Ă travers des fermes biologiques françaises. Lâobjectif ? DĂ©montrer que lâagriculture biologique est trĂšs prĂ©sente et variĂ©e sur le territoire français. Et quâelle incarne un avenir durable et fiable.
[ Temps de lecture estimé : ~ 7min ]
EngagĂ©e dans le programme Sport PlanĂšte de la MAIF, Pauline Plaçais a créé Des graines pour demain : un pĂ©riple Ă vĂ©lo et en parapente qui la mĂšne de ferme en ferme, dans une dĂ©marche de partage, dâapprentissage et de transmission.
Avec cinq autres Ă©co-aventuriers suivis par Sport PlanĂšte, Pauline incarne une gĂ©nĂ©ration en quĂȘte de sens et dâengagement. Durant son tour de France, la jeune femme part Ă la rencontre de celles et ceux qui font vivre lâagriculture biologique et paysanne, et qui se font un plaisir de partager leurs connaissances. Nous lâavons interrogĂ©e alors quâelle entamait son aventure.
⥠Mr Mondialisation : Pouvez-vous nous raconter votre parcours, avant de vous lancer dans ce projet ?
Pauline Plaçais : « Je possĂšde un Master de Management en solidaritĂ© internationale, que jâai passĂ© dans le but de travailler au sein dâONG. Jâai notamment effectuĂ© des stages au Cambodge, puis en CĂŽte dâIvoire, oĂč jâai travaillĂ© sur la coordination de structures dans des projets liĂ©s aux droits des femmes. De retour en France, je me suis investie dans lâĂ©ducation populaire et lâimpact Ă©cologique qui y est liĂ©. Jâai travaillĂ© dans une association dâĂ©ducation populaire en Pays de la Loire et en Normandie pendant deux ans et demi. Lâan dernier, jâai dĂ©cidĂ© de partir car jâavais besoin de faire une pause et de ralentir⊠»
⥠Mr Mondialisation : Pour mieux entamer cette nouvelle aventure ?
Pauline Plaçais : « Oui, je voulais trouver le moyen dâĂȘtre plus impactante sur la question du changement climatique, que ce soit dans ma vie personnelle comme professionnelle. Jâai fait du bĂ©nĂ©volat, du Wwoofing⊠Puis jâai entendu parler du programme Sport PlanĂšte, qui mâa paru adaptĂ© Ă mes envies. Jâavais des choses Ă dire et Ă transmettre, le besoin de sensibiliser â chose que je faisais dĂ©jĂ avec mon entourage proche, mais je voulais aller plus loin, notamment Ă travers le sujet de lâagriculture.
Mes grands-parents, oncles et tantes sont agriculteurs. Mon pĂšre, paysagiste, mâa faite grandir au milieu de cinq hectares de champs, entourĂ©e dâoies, de moutons⊠Je suis donc issue de ce milieu, mais en rĂ©alitĂ©, je nây connais pas grand-chose ! Alors, jâai rĂ©alisĂ© que si moi-mĂȘme je nây connaissais rien, que dire de la majoritĂ© des Français ? Le sujet de lâagriculture prend de plus en plus de place, mais sans quâon nâen comprenne forcĂ©ment les enjeux. Je pense donc quâil est important dâen parler, dâexpliquer ce quâil se passe, notamment autour du bio. »
⥠Mr Mondialisation : Quelle rĂ©flexion portez-vous sur lâagriculture biologique en France ?
Pauline Plaçais : « Le bio est en expansion : les chiffres de lâAgence Bio montrent que sa consommation augmente. Mais câest une agriculture qui reste marginalisĂ©e. Elle concerne surtout de petites fermes, et câest un engagement parfois difficile Ă tenir car il existe beaucoup de contraintes. Rien que lâinstallation peut durer jusquâĂ trois ans⊠Lâagriculture biologique comprend Ă©galement beaucoup dâenjeux, notamment sociĂ©taux : elle nâest en effet pas toujours bien perçue, reste encore en marge de la sociĂ©tĂ©, et est souvent mal relayĂ©e au niveau mĂ©diatique.
« Le conventionnel et lâagriculture intensive sont entrĂ©s dans un engrenage vicieux dĂ» aux pesticides. »
Elle produit Ă©galement des denrĂ©es plus chĂšres pour les consommateurs, donc nâest malheureusement pas encore accessible Ă tous. Enfin, les petites fermes dĂ©pendent Ă©normĂ©ment des alĂ©as climatiques, avec des conditions et des cultures plus fragiles quâen conventionnel. Mais elle est nĂ©cessaire pour la santĂ© humaine, et celle de la Terre ! Sans augmentation de lâagriculture biologique, nous savons que la biodiversitĂ© va finir par sâeffondrer.
Le conventionnel et lâagriculture intensive sont entrĂ©s dans un engrenage vicieux dĂ» aux pesticides : les sols sont dĂ©sormais trop pauvres pour donner de bonnes rĂ©coltes, alors on ajoute des produits dessus⊠Jusquâau jour oĂč ça ne suffira plus, et au dĂ©triment de la santĂ© de tous. »
⥠Mr Mondialisation : Vous avez choisi de visiter des fermes par le biais du Wwoofing, qui consiste Ă apporter son aide aux agriculteurs, autour dâune relation basĂ©e sur lâentraide, la dĂ©couverte et lâĂ©change. Pourquoi ce choix ?
Pauline Plaçais : « Jâen avais entendu parler depuis longtemps, mais avec un imaginaire diffĂ©rent. Quand on parle Wwoofing, on pense tout de suite Ă lâAustralie ou Ă la Nouvelle-ZĂ©lande⊠Lâimage dâun voyage lointain me semblait lui coller Ă la peau.
Mais, quand je travaillais au Mans, jâai profitĂ© dâun weekend prolongĂ© pour essayer de me rendre utile : je me suis alors renseignĂ©e sur ce qui se faisait en France en matiĂšre de Wwoofing. Jâai alors rĂ©alisĂ© quâil y avait Ă©normĂ©ment de fermes participantes, mĂȘme Ă cĂŽtĂ© de chez moi ! Jâai trouvĂ© une ferme qui travaillait en permaculture, accessible en train et en vĂ©lo car je nâavais pas de voiture. Et jâai adorĂ© ! Jây suis retournĂ©e rĂ©guliĂšrement, on est mĂȘme devenus amis. Symboliquement, câest la ferme sur laquelle je termine mon voyage : La Grande RaisandiĂšre.
Le Wwoofing est souvent perçu comme un moyen de partir en vacances pour pas cher⊠Mais câest avant tout un engagement ! Je tenais Ă en parler car ce sont des expĂ©riences de vie trĂšs chouettes : je veux donner aux gens lâenvie de sâinvestir et sâengager, dâĂȘtre dans une dĂ©marche de don et de partage plutĂŽt que de consommation⊠»
⥠Mr Mondialisation : Sur quels critÚres avez-vous sélectionné les fermes visitées ?
Pauline Plaçais : « Jâai commencĂ© en AriĂšge, car on y trouve beaucoup de fermes bio et proches de la nature, et je finirai dans la Sarthe. Je voulais trouver des mĂ©thodes dâagricultures variĂ©es pour mettre en avant tout le panel de fermes prĂ©sent en France, et avec des profils trĂšs diffĂ©rents. Il y a des enfants dâagriculteurs, dâanciens Wwoofers qui ont montĂ© leur ferme, des ingĂ©nieurs qui ont tout plaquĂ© pour se lancer dans lâagriculture⊠La diversitĂ© de profils montre que les choses bougent, et quâon peut faire partie de ce milieu mĂȘme sans ĂȘtre issu. »
« Je crois Ă la force du collectif : câest ensemble que nous ferons Ă©voluer la sociĂ©tĂ©. »
⥠Mr Mondialisation : QuâespĂ©rez-vous de ce parcours de deux mois ? Ă court comme plus long terme ?
Pauline Plaçais : « JâespĂšre avant tout emmener le plus de gens possibles avec moi. Sur chaque ferme, une ou deux personnes mâaccompagnent. Elles sont issues du cercle proche, de mes amis, du rĂ©seau Wwoof France, ou encore des personnes qui me suivent sur les rĂ©seaux sociaux. Je crois Ă la force du collectif : câest ensemble que nous ferons Ă©voluer la sociĂ©tĂ©. Jâessaie donc dâencourager Ă faire du vĂ©lo, Ă aller travailler dans une ferme⊠En somme, jâai envie de prendre les gens qui le souhaitent par la main, pour quâils prennent ensuite la relĂšve, Ă leur tour. Mon objectif, câest avant tout une forte envie de dĂ©couvrir et dâapprendre. »
Mr Mondialisation : Vous sillonnez la France à vélo, mais également⊠en parapente !
Pauline Plaçais : « Oui, mon dĂ©part sâest fait en parapente en AriĂšge, depuis le Prat dâAlbi : jây voyais la symbolique du saut, du fait de prendre son envol, de se lancer dans un nouveau projet, et de se dĂ©lester de ses prĂ©jugĂ©s et de ses peurs. Le parapente est aussi un moyen de prendre de la hauteur sur les choses, de voir nature depuis le ciel. Il participe Ă lâĂ©merveillement, qui est une source de protection de la biodiversitĂ©, car on protĂšge ce que lâon aime⊠»
⥠Mr Mondialisation : Quels sont vos projets pour la suite ?
Pauline Plaçais : « Il nây a rien de figĂ© pour lâinstant, car je ne sais pas ce que peut me rĂ©server cette aventure. Je ne pars pas en tant quâexperte : je suis lĂ pour apprendre. Je nâai donc pas de plan pour la suite, jâattends de voir ce que la vie me rĂ©serve ! »
⥠Quelques mots de Cécile Paturel, chargée de développement chez Wwoof France
⥠Mr Mondialisation : Depuis quand lâassociation Wwoof France existe-t-elle ?
CĂ©cile Paturel : « Nous allons fĂȘter nos vingt ans en 2027 ! Le livret de nos dĂ©buts est devenu un site web⊠Le but est de notre structure est de crĂ©er une logique dâentraide, sans tomber dans la dĂ©rive et en Ă©vitant le laĂŻus « gĂźte et couvert contre du travail ». « Apprendre en aidant les fermes bio et paysannes », voilĂ notre credo : aider et se sentir utile pendant son temps libre, autour dâune agriculture dont on dĂ©fend les valeurs.
Wwoof France aujourdâhui, ce sont environ 18 000 adhĂ©rents, pour 1 800 fermes. 70% des adhĂ©rent.es sont Français.es et font du Wwoofing en France : un fait qui va Ă lâencontre des croyances ! Nous avons Ă©galement un certain nombre dâadhĂ©rents belges et allemands. Au total, nous avons 60% de femmes, pour une tranche dâĂąge qui tourne majoritairement autour de 25-35 ans. »
« Le Wwoofing correspond trop souvent, dans lâimaginaire collectif, Ă la dĂ©finition de gĂźte et couvert contre hĂ©bergement. »
⥠Mr Mondialisation : Wwoof France assure donc un cadre Ă lâaventure du WwoofingâŠ
CĂ©cile Paturel : « Oui, car le Wwoofing correspond trop souvent, dans lâimaginaire collectif, Ă la dĂ©finition de gĂźte et couvert contre hĂ©bergement. En somme, des vacances pas chĂšres, avec une vision utilitariste et touristique difficile Ă gĂ©rer.
Sauf que les hĂŽtes ne sont pas juste des hĂ©bergeurs ! Lorsque lâon sâengage dans le Wwoofing, on vient aider, dĂ©couvrir un travail, partager des valeurs. Il y a une vraie dĂ©marche de rĂ©ciprocitĂ©. Notre charte a Ă©voluĂ© au fil du temps : les Wwoofers ne peuvent ĂȘtre plus de deux en mĂȘme temps, ne travaillent jamais seuls, les besoins des fermes doivent ĂȘtre ponctuels etc. Il y a toujours eu des gens qui travaillent dans des fermes⊠Alors, autant encadrer et rĂ©guler ce type de travail â et alerter quand il y a des abus. »
⥠Mr Mondialisation : Comment la sélection des fermes se fait-elle ?
Cécile Paturel : « Les fermes concernées sont souvent de petites entreprises agricoles, dans lesquelles vivent les agriculteurs. Le point commun entre toutes est que ce soient des lieux à vocation alimentaire. Ces « fermes » peuvent donc aussi concerner des particuliers, des associations, des habitats partagés, etc. La base est de respecter une agriculture biologique et paysanne, en vivant sur place et consommant ce qui y est produit.
Ce sont elles qui nous contactent. AprĂšs avoir rempli un petit dossier, nous faisons un premier tri. Un certain nombre est refusĂ©. Celles qui sont sĂ©lectionnĂ©es sont contactĂ©es, souvent visitĂ©es avant ou aprĂšs par notre rĂ©seau de bĂ©nĂ©voles⊠Si le contact se passe bien et que les rĂšgles de lâassociation leur conviennent, leur candidature est approuvĂ©e.
Nous sommes six salariés qui travaillons à temps plein, joignables facilement, tenant une permanence téléphonique en cas de problÚme⊠trÚs peu de choses peuvent passer sous les radars ! »
â Entretien rĂ©alisĂ© par Marie Waclaw
đ· © Pauline Plaçais
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