24/10/2025
JOUR DE COURSE
Je prendrais bien un double cheese, supplément mayo : Faire le 100km des Templiers deux ans après avoir participé au 80km, c’est un peu ça. Un excès de caillou, amusant sur le moment, mais que tu payeras peut-être tôt ou t**d.
ENDURANCE TRAIL DES TEMPLIERS – 100km, 4280D+ - 10h52 16ème
🦅👬🪨
[vendredi 17 octobre 04:00]
De la fatigue qui mène aux doutes sur la ligne de départ : quel est mon rapport à la performance ? Une question que je rumine depuis une semaine.
Puis l’Ameno d’Era retentit dans la nuit, nous enveloppe, nous emporte.
Malgré tout, les interrogations subsistent, elles tournent librement dans ma tête sous la froideur impassible du croissant de lune, finement découpé dans un voile de brume. À ses yeux, on n’avance guère. Malgré l’essoufflement, il est toujours là, à ma droite.
Dans la première montée, je ressens des crampes à l’estomac. L’œuf du petit déjeuner qui flottait bizarrement dans la casserole était-il bien frais ? Puis le déclic : « J’ai beaucoup donné aux autres ces derniers temps, ce moment tu l’as choisi, il est à toi, alors vis le à fond et sois là ! »
Les lumières se dispersent, certaines s’éloignent à grands pas jusqu’à être absorbées par l’obscurité et bientôt, je me retrouve avec un groupe de quatre coureurs. Devant, la nuit est totale.
Les balisages, feux follets dans le noir qui sautillent à la lueur de nos frontales nous invitent à nous égarer dans nos rêveries.
Les descentes sont techniques. Racines, roches, les chevilles se froissent, les corps dérapent. À la lumière des frontales, les obstacles sont aplatis. Restons vigilant. Les voitures qui se succèdent 400m plus bas semblent miniatures, la corniche est abrupte, le précipice proche.
Sur mes dernières courses, j’étais souvent accompagné, soutenu sur les ravitos. Je suis content de me retrouver solo, autonome.
Puis le jour se lève, les Causses prennent forme, je ralentis. Pour profiter de la vue ? Perché entre les deux géants de pierres que sont le vase de Sèvre et celui de Chine. Ou pour enjamber prudemment les rochers devenus tangibles ? Ils sont partout, de toute taille, d’étroits couloir à gravir à l’aide des mains, des pitons à contourner, des arches sous lesquelles se vouter…
« Pas facile de lever le sentier des yeux », les mots s’emmêlent, l’effort est intense, l’esprit moins présent.
C’est à ce moment que surgit Lionel dans la montée vers le Causse Noir. Sur mes talons depuis quelques temps. Je m’apprête à le laisser passer, moi qui préfère courir seul. Mais il me propose de poursuivre à deux sur la portion de 20km à venir, la plus plate du parcours, pour ne pas s’endormir sur un faux rythme. Le sien est plus rapide que le mien, je m’accroche, j’ai peur de me griller mais l’idée de partager me plaît.
On ne se quittera pas jusqu’à l’arrivée, on se portera à tour de rôle, parfois on se perdra de vue, lui poussant dans les montées, moi m’engageant dans les descentes, puis on s’élèvera pour se rattraper, s’encourager !
Les faux plats du Larzac sont éprouvants, la soupe au ravito aussi réconfortante que celle de Mémé.
Le voilà qui se dresse devant moi : le tant redouté Puncho ! Tout dégarni de pins, cet abominable dernier mur à franchir puis dévaler en plein soleil. Un ticket pour s’envoler une dernière fois sur les Causses, un billet pour se propulser dans l’orbite du bonheur en moins de 11h !
Je savais qu'un tel temps était à ma portée, mais c'était aussi en partie un rêve ambitieux, j'avais du mal à l'envisager. Une course qui m’aura permis de m’oublier, pour mieux me retrouver !
Merci Mathieu pour ce programme d’entraînement varié et réfléchi, truffé d’aventures sous la grêle et de sacs de riz.
Merci aux Causses pour ce voyage en pleine beauté. À vous de m’avoir suivi et encouragé, fait rigoler. À Laurène pour ce programme de récupération magique qui m’a permis de trottiner à nouveau dans les escaliers deux jours plus t**d.
Maintenant, place aux vacances, à la coupure annuelle, aux copains, aux copines et aux tartes aux pommes !
📸 Cyrille Quint**d