19/08/2026
Jour 16 - 25/07
Sainte-Énimie à Cocurès
38 km + 800 m
Je vous ai parlé de mes nuits ? Oui ? Tant p*s, je continue. Je suis arrivé au camping en milieu d’après-midi. Sur le terre-plein réservé aux randonneurs, il y avait deux tentes. Quand je suis remonté de la plage, elles étaient une dizaine, un peu les unes sur les autres. Habitées par des gens charmants, de vingt à soixante ans le plus souvent en couple, Français et Suisses, (cf. l’ép*sode de l’arceau cassé, jour 15). En contrebas, campings cars et caravanes. Au-dessus, la route des Gorges. La nuit tombée, il faisait très chaud, donc beaucoup de gens étaient dehors, se déplaçaient, devisant gaiement. Ensuite chacun est rentré chez soi. Ouverture des zips, fermeture des zips. Généralement il y en a deux par personne, en tout ça fait beaucoup… Rapidement, on recommence tout car on oublie systématiquement quelque chose à l’extérieur. Ensuite, on se rend compte qu’il fait beaucoup trop chaud sous les toiles. On se concerte (quand on est deux), on ouvre le zip de la chambre. Puis celui de la doublure. Oui mais il y a les insectes. Alors on ferme celui de la doublure. Ils passent dessous. On rouvre et on ferme celui de la chambre. Ça reste intenable : on rouvre tout. Zip, zip, zip et re zip, la première partie du concert a duré une bonne demi-heure. Chuchotements, rires étouffés… Tout le monde, ou presque, finit par trouver le sommeil. C’est inouï ce que le corps humain endormi peut être bruyant… La seconde partie du concert commence. De la musique de chambre, en quelque sorte.
Aujourd’hui cap sur Cocurès. Étape très courte dictée par le risque élevé d’orages dès le milieu d’après-midi. Je pars sous les nuages, franchis le Tarn non loin du camping et emprunte le sentier rive gauche qui mène à Caltelbouc, à la fois GR et tronçon de la GTMC, très dégradé. Au fur et à mesure de mon avancée, je songe à la mise en garde sur le road book. Je vous la livre.
« Peu après Sainte-Énimie, les Loops empruntent le GR rive gauche. Si vous remplissez une seule de ces conditions, ne vous y engagez pas, continuez sur la route jusqu’à l’embranchement vers Castebouc :
- Il vient de pleuvoir / Il pleut / Il va pleuvoir
- Vous détestez pousser votre vélo / Votre équipage pèse plus de 30 kg
- Vous craignez les griffures / Vous êtes fatigué / Vous êtes pressé
- Ces conditions vous font douter ».
Et j’ajouterais : si vous roulez en groupe ; parce qu’il y aura toujours quelqu’un ou quelqu’une pour répéter : « je l’avais dit, que c’était une mauvaise idée de passer par là ».
Les bonnes raisons, ce sont les vues et les accès à la rivière (en fonction de l’étiage), le sentier lui-même, à flanc de montagne, la satisfaction d’arriver par le fond des gorges dans le hameau, encastré dans les falaises. Limite un peu maso ? Je vous l’accorde.
Après Castelbouc, une route minuscule s’élève, redescend jusqu’au Pont de Montbrun, puis se cabre. Plutôt gentiment jusqu’au village (de Montbrun), puis très sérieusement jusqu’au plateau. La voie est très étroite ; aujourd’hui il y a foule : je croise deux véhicules sur les 5 kilomètres de montée ! L’impression d’ascension est ici très nette. Les nombreux virages, offrent de belles vues sur le chemin parcouru depuis la rivière, quasiment jusqu’en haut, environ 400 mètres au-dessus du Tarn.
Parvenu sur le Méjean, je monte encore en surplomb de Florac. Il fait 30 degrés de moins qu’hier à la même heure. La vision des Puechs des Bondons et du Mont Lozère sous les averses valide mon étape courte ! Je n’ai plus qu’à m’engager dans la pente pour atterrir à Florac, d’où il me restera environ 10 kilomètres pour rallier la Lozerette, hôtel mythique sur le Chemin de Stevenson, qui fête cette année, ses 100 ans.
Stevenson, il a écrit que : « Si le jardin d’Eden existe, c’est dans la vallée du Tarn qui descend sur Florac. ». Donc ici.