16/08/2026
En parcourant cette publication sur Vasil Lobzhanidze, je me suis replongé quelques années en arrière.
Derrière les records, les sélections et la carrière que l'on connaît aujourd'hui, il y a aussi des rencontres, des paris et des convictions.
À l'époque, j'ai eu la chance d'être a l'origine de son recrutement au CA Brive. Vasil n'était encore qu'un jeune joueur géorgien au potentiel immense. Mais au-delà du talent, ce qui frappait déjà, c'était sa maturité, son caractère et sa capacité à répondre présent dans les grands rendez-vous.
Quand on travaille dans le recrutement, la formation ou l'accompagnement des joueurs, on ne cherche pas seulement à identifier ce qu'un joueur est aujourd'hui. On essaie surtout d'imaginer ce qu'il peut devenir demain.
Voir le parcours qu'il a construit depuis est une belle récompense et un rappel essentiel : derrière chaque trajectoire exceptionnelle, il y a souvent quelqu'un qui a osé croire un peu plus tôt que les autres.
Une belle leçon pour tous ceux qui accompagnent des sportifs, des apprenants ou des collaborateurs : détecter le potentiel est important, mais savoir lui faire confiance l'est encore plus.
Tbilisi, Géorgie. Une ville où le rugby n'est pas un sport parmi d'autres — c'est une identité, une fierté nationale portée dans les os depuis des générations. C'est là, dans les rues de la capitale géorgienne, au sein du club RC Armazi, qu'un gamin commence à apprendre les gestes du demi de mêlée. Il s'appelle Vasil Lobzhanidze, et il ne sait pas encore qu'il va réécrire les livres de records du rugby mondial.
Tout s'emballe à l'été 2014. Vasil a 18 ans à peine. Milton Haig, le sélectionneur de la Géorgie, le voit à l'œuvre et prend une décision qui aurait pu sembler f***e à d'autres : titulariser ce gamin face à l'Allemagne, le 15 février 2015. Le monde du rugby géorgien retient son souffle. Lobzhanidze, lui, joue sans trembler. Comme si la pression n'existait pas. Comme si le grand stade, les maillots, les enjeux, c'était déjà sa maison.
Il ne lâche plus rien.
Quelques mois plus t**d, il remporte le World Rugby U20 Trophy avec la sélection géorgienne des moins de 20 ans, décrochant au passage la qualification pour le championnat du monde juniors 2016. Une première grande médaille. Un premier goût de l'histoire.
Mais le moment qui change tout, c'est la Coupe du Monde 2015 en Angleterre. Vasil Lobzhanidze est sélectionné dans le groupe géorgien. Et lors du match d'ouverture face aux Tonga, il entre dans la légende : il devient le joueur le plus jeune à avoir jamais disputé un match de Coupe du Monde. Pas le plus jeune Géorgien. Le plus jeune de toute l'histoire de la compétition.
Il avait 18 ans et quelques semaines. Le monde entier allait désormais connaître son nom.
Le 18 décembre 2015, son téléphone sonne. Le CA Brive veut lui faire signer son premier contrat professionnel en Top 14. Direction la Corrèze, direction la France, direction l'une des ligues les plus exigeantes du rugby mondial. Il n'a pas encore 20 ans, et il s'apprête à traverser l'Europe pour construire sa carrière dans un rugby qui ne pardonne rien.
Les années à Brive lui forgent le caractère. Il y reste longtemps — bien plus longtemps que ce que l'on attendait d'un joueur de son potentiel. En mars 2021, il prolonge même jusqu'en 2024. Une fidélité rare, dans un sport où les valises se font vite.
Et puis vient le record qui restera gravé dans les annales. Le 1er février 2020, à 23 ans et 110 jours, Vasil Lobzhanidze dépasse George North pour devenir le joueur le plus jeune de l'histoire du rugby à atteindre 50 sélections internationales. Cinquante capes. À un âge où d'autres finissent à peine leur formation. C'est vertigineux.
La fin de l'aventure briviste arrive à la fin 2023, quand Brive décide de ne pas renouveler son contrat. Mais Lobzhanidze n'a pas le temps de souffler : le RC Toulon le réclame immédiatement comme joker médical, pour pallier la longue absence de Baptiste Serin. Le grand Toulon. Une autre dimension.
Quand Serin reprend sa place, Vasil repart. Direction Oyonnax, en Pro D2, d'abord en joker médical pour Tony Ensor, puis sous contrat pour deux saisons. Un nouveau terrain, un nouveau défi, la même intensité.
À travers tous ces chapitres — Tbilisi, Brive, Toulon, Oyonnax — il y a une constante : Vasil Lobzhanidze n'a jamais cessé de courir vers le prochain match, la prochaine conquête, le prochain record à construire.
Certains joueurs arrivent au sommet et cherchent à tenir leur rang. Lui arrive au sommet à 18 ans, et n'arrête pas de grimper.