07/05/2026
Merci de partager en grand!
Les événements des derniers jours ont suscité beaucoup de réactions dans le milieu de la relation d'aide.
Pour ma part, cette réflexion ne date pas d'hier.
C'est une question qui me taraude depuis très longtemps.
Depuis des années, j'entends parler de toutes sortes de formations, de toutes sortes de titres et de toutes sortes d'approches en relation d'aide. Plus le temps passe, plus je me demande comment une personne qui cherche de l'aide peut réellement s'y retrouver.
Comment peut-elle savoir quelle est la formation de l'intervenant qu'elle consulte? Comment peut-elle connaître ses compétences? Comment peut-elle comprendre les limites de son champ d'exercice?
À mon avis, c'est là que se trouve le véritable enjeu.
Le débat ne devrait pas opposer les professions.
Le débat devrait porter sur la protection du public.
Aujourd'hui, le titre de thérapeute en relation d'aide peut regrouper des personnes dont les parcours sont très différents. Certaines ont suivi une formation privée. D'autres possèdent également une formation universitaire, comme un baccalauréat en psychologie, en plus de leur formation en relation d'aide.
Ces parcours sont différents.
Ce n'est pas une question de valeur personnelle. Ce n'est pas une question d'empathie. Ce n'est pas une question de dire qu'un intervenant est nécessairement meilleur qu'un autre.
Mais il est difficile de nier qu'ils ne représentent pas le même volume de formation ni les mêmes contenus d'apprentissage.
Une formation universitaire en psychologie comprend notamment des cours en psychopathologie, en développement humain, en évaluation, en méthodologie scientifique et en éthique professionnelle. Ces connaissances ne remplacent pas l'expérience clinique ni les qualités humaines, mais elles constituent un bagage important lorsqu'il s'agit de reconnaître qu'une situation pourrait nécessiter une évaluation spécialisée.
Et c'est ici que, selon moi, la distinction devient essentielle.
Je n'exerce pas la psychothérapie.
Je respecte entièrement les limites de mon champ d'exercice.
Je ne pose pas de diagnostics.
Par contre, ma formation me permet de reconnaître lorsque certains symptômes ou certaines manifestations me préoccupent suffisamment pour croire qu'une personne devrait être évaluée par un médecin, un psychologue ou un autre professionnel habilité.
Dans ces situations, je prends le temps d'en discuter avec la personne.
Lorsque c'est pertinent, je rédige une lettre de référence afin de faciliter ses démarches auprès des professionnels concernés.
Mais je suis aussi confrontée à une réalité que nous connaissons tous.
Les listes d'attente sont longues.
Les psychologues sont difficiles d'accès.
Les médecins sont débordés.
Alors, que fait-on de ces personnes pendant qu'elles attendent?
Pour ma part, je refuse qu'elles traversent cette période seules.
Je continue de les accompagner dans les limites de mon champ de compétence. Je leur offre un espace où elles peuvent être écoutées, soutenues et accueillies. Je demeure attentive à l'évolution de leur état et je les encourage à poursuivre leurs démarches afin qu'elles obtiennent l'évaluation et les soins spécialisés dont elles pourraient avoir besoin.
À mes yeux, c'est cela, travailler de façon responsable.
Ce n'est pas vouloir tout faire.
C'est savoir ce que l'on peut faire... et avoir l'humilité de reconnaître ce que l'on ne doit pas faire.
Ce qui me préoccupe depuis longtemps, c'est que l'on parle souvent des thérapeutes en relation d'aide comme s'ils formaient un groupe homogène.
Pourtant, les parcours de formation peuvent être très différents.
Je crois sincèrement que cette réalité devrait être expliquée beaucoup plus clairement au public.
Non pas pour créer une hiérarchie entre les intervenants.
Non pas pour dénigrer les formations privées.
Mais parce que les citoyens ont le droit de savoir qui ils consultent, quelle est la formation de cette personne, quelles sont ses compétences et quelles sont les limites de son champ d'exercice.
La transparence protège.
L'information protège.
La collaboration entre les professions protège.
La Loi 21 avait comme objectif de mieux protéger le public. À mon sens, cette protection ne passe pas uniquement par la définition des actes réservés. Elle passe aussi par une meilleure compréhension des différentes formations, des compétences de chacun et par une collaboration respectueuse entre les professionnels.
Nous avons besoin des psychologues.
Nous avons besoin des psychothérapeutes.
Nous avons besoin des médecins.
Nous avons aussi besoin des intervenants en relation d'aide.
Mais surtout, nous avons besoin que chaque professionnel exerce avec compétence, rigueur, humilité et dans les limites de son champ d'exercice.
Parce qu'au bout du compte, le cœur de ce débat ne devrait jamais être la défense d'une profession.
Il devrait toujours être la protection des personnes qui viennent nous demander de l'aide.
Et si nous commencions enfin à reconnaître qu'il existe différents parcours de formation en relation d'aide, à les présenter avec transparence et à permettre au public de faire un choix réellement éclairé?
Je suis convaincue que ce serait un pas important vers une meilleure protection du public.