28/07/2025
Golden Pen Experts city
🪄 Le Royaume des Paroles Perdues
Il était une fois, dans un village nommé Zinzou, un vieux griot que tout le monde appelait Tonton Kôkô. Il ne possédait ni terre, ni richesse, mais il avait quelque chose de plus précieux : la parole.
Sa bouche, disait-on, pouvait réveiller les ancêtres, faire pleurer les guerriers, ou calmer les lions affamés. Mais un jour, alors qu’il racontait une histoire sous le grand baobab, sa voix disparut. Plus un mot. Silence total.
Le village fut plongé dans le trouble. Sans la parole du griot, les enfants rêvaient moins, les anciens se disputaient, et les jeunes ne savaient plus différencier le bien du mal.
Une rumeur circulait : le Roi des Mensonges, un esprit jaloux, avait volé la voix de Tonton Kôkô pour l’enfermer dans sa calebasse maudite.
Alors surgit une enfant du village, Aya, une fille vive avec des tresses trop longues et un carnet toujours plein de gribouillis. Elle déclara :
> "Si la parole du griot est perdue, alors je vais la chercher."
On rit. On la traita de f***e. Mais Aya marcha seule, nuit et jour, jusqu’à la forêt interdite.
Là, elle rencontra des énigmes :
– Un papillon qui parle en proverbes.
– Un arbre qui ne pousse qu’avec les mots d’amour.
– Une rivière qui ne coule que si on lui chante la vérité.
Aya affronta chaque épreuve avec son bic magique et ses histoires inventées.
Enfin, elle arriva devant le Roi des Mensonges, un monstre mi-homme mi-caméléon, qui se nourrissait de promesses brisées. Il lui proposa un marché :
> "Tu peux repartir avec la voix du griot, mais tu dois me donner une histoire qui n’a jamais été racontée."
Aya ferma les yeux… et se mit à raconter sa propre aventure. Une histoire sincère, pure, pleine de courage et d’imagination. Une histoire vraie.
Le Roi des Mensonges, surpris par tant de vérité, explosa en mille feuilles de mensonges, et la calebasse se brisa.
Tonton Kôkô retrouva sa voix… mais il déclara :
> "Désormais, c’est toi, Aya, qui racontera les histoires."
Et c’est ainsi que, dans le village de Zinzou, une petite fille devint la gardienne des contes…
Et que chaque soir, sous le baobab, les mots volaient à nouveau.
📜 Morale :
> Parfois, il faut perdre la voix d’un ancien pour que naisse celle d’un enfant.
Et les histoires les plus puissantes… sont celles qu’on vit soi-même.
1 numéro 1 K'Emile Ouédraogo