Communiquer Efficacement

Communiquer Efficacement Communication claire & outils simples pour apaiser les tensions et renforcer la coopération.

Il y a une petite habitude que je trouve assez amusante quand on commence à la remarquer. Quelqu’un nous dit : « J’adore...
11/09/2026

Il y a une petite habitude que je trouve assez amusante quand on commence à la remarquer. Quelqu’un nous dit : « J’adore ta veste. » Et on répond :
« Oh, elle est vieille, je l’ai eue en solde. »
« Ton repas était vraiment bon. »
« Oui, enfin… j’ai un peu raté la cuisson. »
« Franchement, tu as bien géré ça. »
« J’ai surtout eu de la chance. »

On nous fait un compliment et notre premier réflexe est parfois de démontrer à l’autre qu’il ne devrait peut-être pas être aussi enthousiaste. Je le fais aussi. Par gêne parfois. Parce qu’on ne veut pas avoir l’air prétentieux. Ou simplement parce qu’on voit immédiatement tout ce qui aurait pu être mieux alors que l’autre, lui, regarde ce qui lui a plu. Le plus drôle, c’est qu’on fait rarement ça dans l’autre sens.

Quand quelqu’un nous dit : « Là, tu t’es trompé », on ne répond pas spontanément : « Non, non, tu me surestimes, c’était encore pire que ça. » 😄

Les critiques, on sait souvent très bien les garder, les compliments, beaucoup moins. Pourtant, accepter un compliment ne veut pas dire être d’accord avec l’idée qu’on est formidable, ça peut simplement vouloir dire : laisser à l’autre le droit d’avoir apprécié quelque chose chez nous.

Il m’arrive donc d’essayer de couper court à toutes les explications qui viennent automatiquement derrière.

Quelqu’un me dit quelque chose de positif ? « Merci. Ça me fait plaisir. » Et rien d’autre.

Ça paraît tout bête, mais quand on a passé des années à répondre « oui, mais… », deux mots peuvent demander un peu d’entraînement.

« Je te rappelle demain. » « Je regarde ça et je te tiens au courant. »« Je t’envoie le lien ce soir. »Ce sont de toutes...
10/09/2026

« Je te rappelle demain. »
« Je regarde ça et je te tiens au courant. »
« Je t’envoie le lien ce soir. »

Ce sont de toutes petites phrases, tellement petites qu’on les dit parfois sans vraiment les considérer comme des engagements, puis on oublie.

Une fois, ce n’est généralement pas bien grave. L’autre aussi oublie, ou nous relance, mais quand ça se répète, quelque chose peut doucement changer dans la relation. Pas forcément une dispute. Pas même un reproche. Simplement, l’autre commence à ne plus vraiment compter sur ce qu’on annonce.

Et je trouve ça intéressant parce qu’on associe souvent la confiance à de grandes choses : tenir une promesse importante, être présent dans un moment difficile, ne pas trahir quelqu’un. Alors qu’une partie de notre crédibilité se construit aussi dans des détails beaucoup plus ordinaires :

- Rappeler quand on a dit qu’on rappellerait.

- Envoyer ce qu’on avait promis d’envoyer.

- Ou, tout simplement, revenir vers l’autre pour dire : « Je n’ai pas eu le temps de m’en occuper. »

Ce n’est pas spectaculaire, mais personnellement, je préfère quelqu’un qui me dit qu’il n’a pas pu faire ce qu’il avait prévu plutôt que de devoir me demander si je dois encore attendre, relancer ou considérer que c’est tombé dans l’oubli. Ca m’a fait prendre une habitude assez simple : essayer de ne plus dire « je te tiens au courant » comme une formule de fin de conversation.

Soit je compte réellement revenir vers la personne, soit je préfère ne pas le promettre.

Les petites paroles ne sont peut-être pas si petites que ça quand les autres commencent à compter dessus.

Quelqu’un raconte quelque chose.Un chiffre, une date, un souvenir, et tu sais qu’il se trompe du coup, tu corriges imméd...
09/09/2026

Quelqu’un raconte quelque chose.

Un chiffre, une date, un souvenir, et tu sais qu’il se trompe du coup, tu corriges immédiatement :

« Non, ce n’était pas mardi. C’était mercredi. »

Ou :

« Non, ça ne s’est pas passé comme ça. »

Sur le fond, tu as peut-être parfaitement raison. Mais dans certaines situations, ce n’est plus vraiment le contenu qui compte, parce que si la correction arrive devant plusieurs personnes, avec un ton sec ou au milieu d’un récit, l’autre peut ne pas entendre seulement :

« Cette information est fausse. » Il peut aussi entendre :

« Tu racontes n’importe quoi. »
« Je sais mieux que toi. »
« Je te reprends devant tout le monde. »

Ça peut arriver en famille, entre amis, dans un couple, au travail… évidemment, ça ne veut pas dire qu’il faut laisser passer toutes les erreurs pour protéger les susceptibilités. Parfois, corriger est nécessaire. Mais on peut se demander ce qui est réellement important à cet instant.

Si quelqu’un se trompe sur une information importante, mieux vaut probablement rectifier.
S’il confond simplement le mardi et le mercredi dans une anecdote qui ne change rien à l’histoire, interrompre pour rétablir la vérité absolue n’apporte pas forcément grand-chose.
Si la correction est nécessaire, la manière compte aussi.

« Je crois que c’était plutôt mercredi, non ? » ne produit pas exactement le même effet que : « Non. C’est faux. »

Le contenu est presque identique. La relation, beaucoup moins. J’essaie de garder ce petit repère en tête : avant de corriger quelqu’un, me demander si je cherche surtout à rendre l’information plus juste… ou à montrer que moi, j’ai raison.

La différence n’est pas toujours confortable à regarder.

Il y a quelque chose que j’observe régulièrement en formation.Quelqu’un pose une question. La personne en face hésite. D...
08/09/2026

Il y a quelque chose que j’observe régulièrement en formation.

Quelqu’un pose une question. La personne en face hésite. Deux secondes, peut-être trois. Et presque immédiatement, celui qui a posé la question reprend : « Enfin, ce que je veux dire, c’est… »

Puis il reformule. Il donne un exemple. Parfois, il propose même une réponse : « C’est plutôt parce que tu manques de temps, non ? » Et la personne répond : « Oui, peut-être. » On pourrait croire qu’on vient de l’aider mais pas forcément. Peut-être qu’elle était simplement en train de réfléchir.

Le silence nous met parfois suffisamment mal à l’aise pour que nous cherchions à le remplir. Et en voulant faciliter la réponse, nous finissons par orienter celle que nous allons recevoir. C’est particulièrement visible lorsqu’un manager demande à quelqu’un ce qu’il pense d’un problème, mais ça arrive partout : avec un collègue, un client, un conjoint, un enfant. On pose une vraie question puis on ne laisse pas toujours à l’autre le temps d’y répondre.

Depuis quelque temps, je teste quelque chose de très simple dans mes propres échanges : quand j’ai posé une question importante, j’essaie de ne rien ajouter tout de suite. Quelques secondes seulement. Pas pour créer un silence théâtral. Juste pour laisser à l’autre la place de chercher ses mots, de changer d’avis en parlant, ou de formuler une réponse à laquelle je n’avais pas pensé.

C’est parfois là que la conversation devient réellement intéressante.

Depuis hier, je lis beaucoup de réactions au résultat des élections en Saxe-Anhalt. Et quelque chose me frappe. Presque ...
07/09/2026

Depuis hier, je lis beaucoup de réactions au résultat des élections en Saxe-Anhalt. Et quelque chose me frappe. Presque tout le monde semble déjà savoir pourquoi autant de personnes ont voté AfD. Selon les endroits où je lis, l’explication change. Pour les uns, c’est le capitalisme. Ailleurs, ce sera l’immigration, le déclassement, les médias, les élites, le gouvernement fédéral, la colère sociale…

Je ne dis pas que ces explications sont fausses. Certaines jouent certainement un rôle. Ce qui m’interpelle davantage, c’est la vitesse avec laquelle nous retrouvons souvent, dans un événement nouveau, la confirmation de ce que nous pensions déjà avant qu’il se produise. Ensuite arrive parfois un deuxième glissement. On ne parle plus seulement du vote. On commence à parler des électeurs. Ils deviennent « racistes », « imbéciles », « manipulés », « déculturés », « fascistes »… parfois plusieurs choses à la fois.

Là, du point de vue de la communication, quelque chose change complètement. Quand je dis à quelqu’un : « Je trouve cette idée dangereuse », il peut encore discuter de l’idée. Quand je lui dis : « Ton vote prouve ce que tu es », il ne va probablement plus défendre uniquement son choix politique. Il va aussi se défendre lui-même. La conversation devient beaucoup plus compliquée.

Ça ne signifie évidemment pas qu’il faudrait édulcorer certaines positions de l’AfD ou éviter de nommer ce qui pose problème. On peut qualifier une proposition de raciste, autoritaire ou antidémocratique lorsqu’elle l’est. Mais passer de là à une explication globale de près de la moitié des électeurs, c’est autre chose.

Le résultat allemand est suffisamment important pour qu’on essaie de comprendre ce qui s’est passé sans choisir trop vite l’explication qui nous convient le mieux. Pourquoi cette progression maintenant ? Pourquoi particulièrement là ? Qu’est-ce qui a fait basculer des gens qui ne votaient pas AfD auparavant ? Quelles motivations se ressemblent et lesquelles n’ont probablement rien à voir entre elles ?

Je n’ai pas les réponses à toutes ces questions. Et finalement, c’est peut-être précisément le point qui m’intéresse. Dans un débat très chargé émotionnellement, reconnaître qu’on ne comprend pas encore complètement ce qui vient de se passer est parfois beaucoup plus utile que de disposer immédiatement d’une explication parfaitement compatible avec nos convictions.

Surtout si l’objectif n’est pas seulement de condamner un vote, mais de comprendre comment autant de personnes en sont arrivées à le faire.

À table, quelqu’un raconte une histoire. Il se trompe sur un détail et son conjoint le reprend : « Non, ce n’était pas j...
07/09/2026

À table, quelqu’un raconte une histoire. Il se trompe sur un détail et son conjoint le reprend : « Non, ce n’était pas jeudi. C’était vendredi. Et tu avais justement dit l’inverse. » Sur le fond, il a peut-être parfaitement raison. Sauf que la réponse arrive sèchement : « Oui, bon, ça va… » Petit malaise autour de la table.

J’aime bien ce genre de scène parce qu’elle montre quelque chose qu’on oublie facilement : une remarque ne produit pas forcément le même effet selon l’endroit où elle est faite et surtout selon les personnes qui l’entendent. Dans la voiture, dix minutes plus t**d, la même correction aurait peut-être donné : « Ah oui, exact. » Devant quatre personnes, il y a autre chose qui se joue. On n’a plus seulement à entendre qu’on s’est trompé. Il faut aussi composer avec le fait que les autres viennent de nous voir nous tromper.

Et ça peut suffire à changer complètement la réaction. Je le vois aussi beaucoup au travail. Un manager reprend un collaborateur en réunion : « Non, ce n’est pas ce qui avait été demandé. » La remarque peut être nécessaire. Elle peut même éviter que toute l’équipe parte sur une mauvaise information. Mais suivant la manière dont elle est formulée, le collaborateur peut commencer à défendre bien autre chose que le dossier.

Sa compétence.
Sa façon d’avoir compris.
Parfois simplement sa place devant les autres.

C’est souvent là que les échanges se compliquent. On croit encore discuter du contenu, alors qu’une partie de la conversation porte déjà sur l’exposition publique de celui qui a été repris. Et il faut être prudent dans l’autre sens aussi : tout ne doit pas être corrigé discrètement en aparté. Si une information fausse vient d’être donnée à six personnes, il peut être utile de la rectifier tout de suite. Seulement, on peut corriger l’information sans forcément transformer la personne en sujet de la correction. Par exemple : « Juste pour qu’on reparte tous avec la même info : la date prévue est vendredi. » Ce n’est pas tout à fait la même chose que : « Non, encore une fois, tu n’as pas compris ce qu’on avait dit. »

Dans la première phrase, on remet une donnée au clair. Dans la seconde, on commence aussi à raconter quelque chose sur la personne qui s’est trompée. Et ça, le groupe l’entend également. Je crois qu’avant certaines remarques, il y a une question assez utile à se poser :

Est-ce que ce point a besoin d’être corrigé devant tout le monde, ou est-ce seulement moi qui ai envie de le corriger maintenant ? La réponse ne sera pas toujours la même. Mais elle peut éviter qu’un détail assez banal devienne, sans qu’on l’ait vraiment voulu, une question de crédibilité ou de face à sauver devant les autres.

Il y a un moment, dans certaines discussions, où on ne parle déjà plus vraiment du problème de départ.On répète une idée...
04/09/2026

Il y a un moment, dans certaines discussions, où on ne parle déjà plus vraiment du problème de départ.

On répète une idée qu’on a pourtant expliquée trois fois. On corrige un mot utilisé par l’autre. Une vieille histoire revient dans la conversation. Puis on commence à répondre à la manière dont l’autre répond, plutôt qu’à ce qu’il essayait de dire. Le plus curieux, c’est qu’on peut très bien sentir que ça ne mène plus à grand-chose et continuer quand même.

On veut régler le problème. Ne pas « rester là-dessus ». Finir la discussion avant d’aller dormir ou avant que chacun reparte de son côté. Alors on ajoute encore une explication. Puis une autre. Et parfois, tout ce qu’on réussit à produire, c’est davantage de choses qu’il faudra régler ensuite.

Je trouve qu’on sous-estime beaucoup la possibilité de simplement interrompre une conversation. Pas en disparaissant pendant deux jours. Pas en quittant la pièce pour punir l’autre. Et pas avec un vague « on verra plus t**d » qui permet surtout de ne jamais y revenir. Quelque chose de beaucoup plus simple : « Là, je sens que je cherche surtout à te répondre et que je ne t’écoute plus très bien. Je préfère qu’on s’arrête un moment. Je veux qu’on reprenne le sujet, mais pas comme ça. »

Et, si possible, on précise quand. Après le repas. Dans une heure. Demain matin. Ça peut sembler être un détail, mais pour celui qui voit la discussion s’interrompre, il y a une vraie différence entre entendre « je ne veux plus parler de ça » et « je veux continuer cette conversation, simplement pas dans l’état où nous sommes maintenant ». La pause peut aussi servir à autre chose qu’à faire retomber la tension.

À distance, on se rend parfois compte qu’on défendait un détail qui n’avait finalement pas beaucoup d’importance. Qu’on avait mélangé le sujet du jour avec autre chose. Ou que l’on cherchait tellement à faire reconnaître son intention qu’on n’entendait plus vraiment l’effet produit chez l’autre. On peut revenir avec exactement le même désaccord, d’ailleurs. Faire une pause ne garantit pas qu’on finira par être d’accord. Elle peut simplement permettre de reprendre le désaccord un peu plus proprement.

Il y a évidemment l’autre versant. Si chaque conversation inconfortable entraîne une demande de pause et que le sujet ne revient jamais, la pause finit par devenir un moyen très pratique de ne rien traiter. Et quand quelqu’un demande réellement un temps d’arrêt, continuer à le pousser pour obtenir une réponse immédiate n’aide pas forcément davantage. Il faut donc les deux : pouvoir interrompre sans abandonner, et pouvoir accepter que l’autre ne soit pas disponible pour régler le problème tout de suite.

Je préfère largement une discussion reprise quelques heures plus t**d à une conversation qu’on aura absolument voulu « terminer » alors que, depuis vingt minutes, chacun travaillait surtout à préparer sa prochaine réponse.

Le sujet sera toujours là.

Au moins, on aura peut-être retrouvé la possibilité d’en parler.

Il y a une petite scène que je trouve assez révélatrice.— On partirait vendredi soir. Tu en penses quoi ?— Moi, j’aurais...
03/09/2026

Il y a une petite scène que je trouve assez révélatrice.

— On partirait vendredi soir. Tu en penses quoi ?
— Moi, j’aurais plutôt préféré samedi matin.
— Oui, mais samedi on perd toute la matinée. Et puis vendredi soir il y aura moins de circulation. J’ai regardé, on peut arriver t**d sans problème.

Bon.

Manifestement, la question n’était pas tout à fait : « Tu en penses quoi ? »

La personne avait déjà réfléchi au trajet, vérifié l’arrivée, comparé les horaires. Elle avait une préférence très nette et de bons arguments pour la défendre. Ce n’est pas un problème en soi. On a parfaitement le droit d’avoir avancé dans sa réflexion avant d’en parler à quelqu’un. Ce qui m’intéresse davantage, c’est le décalage entre la place que la question semble offrir et celle qui existe réellement.

Parce qu’on fait tous ça, à des degrés différents. On demande l’avis de quelqu’un, puis on répond immédiatement à chacune de ses réserves. On sollicite une préférence, mais une seule réponse nous arrange vraiment. On dit « qu’est-ce que tu voudrais ? » alors qu’en réalité, trois quarts de la décision sont déjà pris. Et parfois on ne s’en rend même pas compte.

On a tellement réfléchi à notre solution qu’elle nous paraît simplement logique. Les objections de l’autre deviennent alors des problèmes à résoudre plutôt que des éléments susceptibles de modifier notre choix. Ce qui peut donner des conversations un peu curieuses : l’autre est invité à participer, mais découvre au fur et à mesure qu’il doit surtout défendre son avis face à un dossier déjà bien préparé.

À force, certaines personnes cessent d’essayer. Elles répondent « comme tu veux », « fais au mieux », « ça m’est égal ».

Pas toujours parce qu’elles n’ont pas de préférence. Parfois, elles ont simplement compris que l’énergie nécessaire pour l’exprimer est supérieure à l’influence qu’elle aura sur la décision. C’est là que je trouve utile de savoir, avant de demander un avis, ce que l’on cherche vraiment.

Il m’arrive d’avoir déjà quasiment décidé et de vouloir simplement vérifier que je n’ai rien oublié. Dans ce cas, je peux le dire : « Je pense partir vendredi soir. C’est l’option qui me paraît la plus pratique. Est-ce que tu vois un problème auquel je n’ai pas pensé ? » Je peux aussi avoir une préférence tout en étant réellement prêt à en changer : « Pour l’instant, je penche plutôt pour vendredi, mais je n’ai encore rien réservé. Toi, tu préférerais quoi ? » Et il y a des moments où la décision est réellement ouverte. Là, « qu’est-ce que tu en penses ? » correspond assez bien à ce qui est proposé.

Ces trois conversations se ressemblent, mais la marge laissée à l’autre n’est pas la même. C’est peut-être ça qu’il vaut mieux rendre clair. Toutes les décisions ne doivent pas être prises à deux, à trois ou à dix. On peut aussi avoir la responsabilité de décider et l’assumer. Demander l’avis de quelqu’un ne nous oblige d’ailleurs pas à le suivre. Mais si sa réponse ne peut pratiquement plus rien changer, mieux vaut qu’il le sache. Ça évite de transformer une consultation en exercice un peu frustrant où quelqu’un découvre, argument après argument, que la décision pour laquelle on vient de lui demander son avis était en réalité déjà presque terminée.

Pouvoir donner son opinion, c’est une chose.

Savoir quelle place cette opinion peut encore prendre dans la décision, c’en est une autre.

« Tu exagères. »Cette phrase m’intéresse parce qu’elle donne souvent l’impression de répondre à quelqu’un alors qu’en ré...
02/09/2026

« Tu exagères. »

Cette phrase m’intéresse parce qu’elle donne souvent l’impression de répondre à quelqu’un alors qu’en réalité, elle ouvre un deuxième débat. Imaginons une personne qui dit : « Quand tu as raconté cette histoire devant tout le monde, j’ai vraiment eu honte. » Elle parle de ce qu’elle a vécu à ce moment-là.

Réponse : « Tu exagères, ce n’était qu’une blague. »

À partir de là, il ne faut généralement pas longtemps avant qu’on se retrouve à discuter de la réaction elle-même. Était-elle normale ? Trop forte ? Justifiée ? Est-ce qu’une autre personne aurait réagi de la même manière ? Et pendant qu’on essaie de trancher cette question, on ne sait toujours pas très bien ce que chacun conteste.

C’est là que je trouve utile de remettre un peu d’ordre.

Si quelqu’un me dit : « J’ai eu honte quand tu as raconté ça », je peux difficilement lui expliquer qu’il n’a pas eu honte. C’est ce qu’il me dit avoir vécu. S’il ajoute : « Tu l’as fait pour m’humilier », nous sommes déjà ailleurs. Cette fois, il me prête une intention. Et cette intention, je peux parfaitement la contester : « Non, ce n’était pas du tout ce que je cherchais à faire. » Les deux phrases se ressemblent parce qu’elles parlent du même événement. Pourtant, elles ne disent pas la même chose.

On retrouve la même difficulté avec la colère. Quelqu’un peut être réellement furieux et, dans le même temps, avoir une lecture erronée de la situation. Sa colère existe. Cela ne rend pas automatiquement son explication des faits exacte. Et cela ne lui donne évidemment pas davantage carte blanche pour insulter, menacer ou dépasser les limites de l’autre.

C’est justement pour cela que « tu exagères » me paraît souvent trop vague. Qu’est-ce qui exagère exactement ? Peut-être que les faits racontés sont faux. Dans ce cas, corrigeons-les. Peut-être que l’autre nous prête une intention que nous n’avions pas. Disons-le. Peut-être que sa manière d’exprimer sa colère dépasse une limite. Posons-la.

Mais si la seule chose qui nous paraît excessive est qu’il a été beaucoup plus touché que nous ne l’aurions été à sa place, le sujet mérite probablement autre chose qu’un verdict sur sa sensibilité. Prenons quelque chose de très banal. Vous envoyez plusieurs messages à quelqu’un. Aucune réponse pendant des heures. Quand vous le retrouvez, vous lui dites que vous vous êtes vraiment inquiété.

« Tu exagères, je n’ai disparu que trois heures. »

Possible. Sauf que vous savez maintenant qu’il n’y avait aucun problème. Au moment où l’autre attendait, lui ne le savait pas encore. Vous ne jugez donc pas exactement la même situation avec les mêmes informations. On peut ensuite discuter de tout le reste. Était-il raisonnable d’envoyer quinze messages ? Peut-être pas. Fallait-il prévenir ? Peut-être. Cette inquiétude vient-elle d’autre chose ? C’est possible aussi.

Au moins, on parle de choses précises.

C’est ce qui manque souvent dans « tu exagères » : le mot met dans le même sac le ressenti, les faits, l’interprétation et la façon de réagir. Ensuite chacun défend le paquet entier. Je préfère une discussion dans laquelle quelqu’un peut dire : « Je vois que tu l’as très mal vécu. Par contre, je ne suis pas d’accord avec ce que tu me prêtes comme intention. » Ou : « Je comprends ta colère. Je veux bien qu’on en parle, mais pas si tu m’insultes. » Ou même : « Je ne pensais vraiment pas que cela aurait cet effet sur toi. Explique-moi ce qui t’a autant touché. »

C’est moins rapide que « tu exagères », c’est certain.

Mais au moins, on finit par savoir sur quoi porte réellement le désaccord.

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