21/07/2023
HRP Jour 11
L’objectif du jour c’est Refugi Certascan, la Porte des Cieux.
Je n’arriverai jamais à Certascan.
Aujourd’hui je vous raconte les choses en commençant par le dénouement.
Je n’ai pas terminé cette traversée mais j’y ai trouvé ce que j’étais venu y chercher.
En m’exténuant sur ces sentiers qui n’existent parfois que dans les fantasmes de cartographes je sais davantage où se situent mes limites, ce que j’aime et ce qui est important pour moi.
On dit que les amis c’est la famille qu’on se choisi. J’ai bien choisi. Vous me manquez.
Mais plus que tout, mon amoureuse me manque.
Je continuerai à me rêver aventurier du dimanche, mais davantage entouré d’une meute qu’en ours solitaire.
Les montagnes n’en ont pas fini avec moi. Je les quitte l’esprit léger.
Et si vous êtes curieux, voici comment s’est déroulé ce dernier jours sur le fil pyrénéen.
L’orage est passé, mon abri n’a pas bougé d’un iota, la toile est même sèche. Il était très bien ce montage !
Rapide coup d’œil à l’extérieur, les montagnes n’ont pas bougées non plus et la tente de mon voisin a également tenu bon.
On discute orage et météo. Il est 06h30 et à 2000 m d’altitude il fait bon, même après avoir enfilé les vêtements encore humides de la veille (un régal !)
Comme chaque matin, je vérifie l’état du matériel. Je remarque un jour entre le chausson et la semelle. Mon voisin me conseille de surveiller ça ; pour lui c’est un mauvais signe.
Retour sur la HRP.
Il me reste 500 mètres de dénivelé pour atteindre le Port de l’Artigue.
Ça grimpe dans de chouettes pierriers. C’est un peu rude au réveil mais ce rythme calme me permet de faire le point sur les pensées.
Depuis quelques étapes déjà, mon objectif est de marcher un jour de plus. Ça n’a l’air de rien, mais cette solitude me pèse.
Je l’ai déjà exprimé à Sophie au téléphone, je n’aime pas ça, être seul. Sans partage, ces aventures en montagne n’ont pas de saveur pour moi. Il ne reste que l’effort, qui est autant une souffrance qu’une satisfaction et la balance ne penche pas du bon côté.
J’atteins le col, nous sommes à 2481 mètres d’altitude et je peux voir au loin le refuge de Certascan.
Le temps d’une courte pause, je vois passer tout près de moi 8 vautours fauves ! Wouah ! 8 d’un coup ! Je regrette de ne pas avoir de jumelles sous la main.
Ils ne s’att**dent pas, je ne dois pas avoir l’air suffisamment fatigué.
Le jour sur l’extérieur de la chaussure gauche est passé de 2 mm à un bon centimètre.
Cette paire de Trailventure 2 WP de chez Topo Athletic FR est en train de me lâcher après même pas 350 Km.
Je me dis qu’à Certascan je pourrais faire le point sur les solutions de repli si mes godasses lâchent vraiment.
Je n’arriverai jamais à Certascan.
Un pas après l’autre, le temps passe. Le terrain est vraiment difficile dans le coin et je progresse lentement. Le refuge semble vouloir rester hors de portée alors qu’il semble si proche.
Je n’avance plus. Je suis toujours à jeun. Le repas était prévu au refuge pour économiser mes réserves. Le prochain ravitaillement est dans 2 ou 3 jours à Salardú.
Je dévore une barre Cliff et une pâte de fruits pour pouvoir reprendre la route.
Mes chaussures ont dû comprendre que j’en avais assez. Je peux glisser plusieurs doigts entre le chausson et la semelle. Elles ne survivront pas à un pierrier supplémentaire.
Je croise un gars qui en est à sa deuxième HRP.
On parle un peu. Il est désolé quand il voit l’état de mes pompes.
On fait le point ensemble sur les cartes et les solutions de repli.
C’est le pire endroit de la traversée pour tomber en rade.
Hier, j’aurais encore pu faire du stop à partir de Mounicou ou Marc. Ici je vais devoir rejoindre Tavascan puis tenter de rejoindre un village plus important où passerait un bus.
Certascan n’est plus une option envisageable.
Je vais rattraper la piste un peu plus bas et la suivre pendant quelques kilomètres pour rejoindre la vallée.
Plus loin, une voiture me rattrape sur une autre piste.
Je lève le pousse et on m’invite aussi tôt à monter. Coup de chance !
J’arrive à Tavascan où l’office de tourisme est encore ouvert. On m’y appelle un taxi pour rejoindre Llavorsí. Et de là je rejoins enfin Vielha. Ensuite, on verra !
Quitter la traversée pour trouver une nouvelle paire de chaussure ne m’enchante pas. Je réaliserai plus t**d qu’à Vielha j’aurais sans doute trouvé ce qu’il me fallait et que l’aller retour ne m’aurait pris que 2 ou 3 jours.
Je réalise que j’ai laissé là-haut l’envie de continuer. Cette sortie forcée me soulage d’un poids.
La Haute Route Pyrénéenne c’est fini pour moi.
Vielha, c’est la station qui accueille le « Val d’Aran by UTMB ». Un haut lieu du trail dans les Pyrénées. Je n’avais pas prévu d’y passer mais le hasard m’y a conduit et je donne volontiers du sens cette escale.
Je suis content d’être venu souffrir dans ces montagnes, vraiment.
Topo Athletic